• La peur !

    Beaucoup d’entre nous préfèrent encore le confort de la pénombre. Cela doit les rassurer. Il devient pourtant urgent de faire un choix de société et de ne pas attendre que nos ombrageux politiciens nous placent sur le bon chemin. A moins que… l’un d’entre eux est ce courage suffisant.  

    Donc dans le confort de cette pénombre qui jusqu’ici nous rassure… tant pis, nous allumons encore une chandelle, parce que nos politiciens ne le feront pas !

    Un tremblement de Terre peut en cacher un autre.

    Une Démocratie peut en cacher une autre.

    Une Révolution peut en cacher une autre.

    La technologie, les énergies, l’industrialisation, le progrès ?

    La politique, les réformes, l’instrumentalisation, le progrès ?

     

     

    Entretien avec Alain Touraine, sociologue, spécialiste des mouvements sociaux.

    Propos recueillis par Frédéric Karpyta.

    MAGAZINE « ça m’intéresse » - Hors-série N°1

     

    Vous estimez que le monde occidental ne sortira pas de la crise par de seules mesures économiques. Pour quelles raisons ?

    Nous avons vu se succéder plusieurs crises : celle des « subprimes » aux Etats-Unis, la crise financière, celle de la Grèce. Ces crises sont très importantes car elles vont pathologiquement dans le même sens : une fragmentation du social. Depuis deux cents ans, que l’on soit marxiste, libéral ou autre, nous considérons que l’économie et le social vont ensemble. C’est aujourd’hui fini pour une raison simple : la globalisation. Aucune force, aucun Gouvernement ne peut influencer l’économie mondiale. Nous avons pu le vérifier en voyant les sommes d’argent colossales versées par les Etats pour éviter la catastrophe. Malgré cela, les banques ont repris leurs activités comme avant. Demeure une économie mondiale qui fonctionne indépendamment, indifféremment de toutes les demandes sociales. On a de la peine à investir, mais on n’a aucune peine à spéculer.

     

    Comment alors sortir de cette situation ?

    Si l’on ne fait rien. L’Europe, les Etats-Unis, les pays industriels iront de crise en crise. L’activité se déplacera vers d’autres zones : Afrique, Asie, Amérique du Sud. C’est hélas l’hypothèse la plus vraisemblable.

     

    Vous évoquez une deuxième hypothèse, plus optimiste et ambitieuse…

    Qu’est-ce qui peut limiter ou s’opposer à la puissance de l’économie mondialisée ? Les institutions, les mouvements, les partis, les syndicats, tout cela ne pèse pas lourd. Il faut en appeler à quelque chose qui se place au dessus de la société, comme les droits de l’homme, la justice, la lutte contre la misère. C’est pour cette raison que je dis que l’on ne peut s’en sortir avec des  « réformettes » ou des mesures techniques. La destruction entre l’économie et le social peut faire surgir des mouvements de défenses non plus seulement d’intérêts économiques, mais de droits. On ne peut pas laisser faire les choses en pensant qu’elles vont se remettre en place, d’où la nécessité de réinventer nos sociétés.

     

    Vous donnez l’exemple de l’école, dont vous dites qu’elle est l’une des dernières institutions à fonctionner sur le modèle du XIXe siècle.

    Notre système scolaire a été conçu il y a longtemps pour former de citoyens, des fonctionnaires, etc. Si l’école a joué un rôle indéniable de promotion sociale, elle tient aujourd’hui le rôle inverse parce qu’elle ne prend pas en considération les caractéristiques personnels, sociales, culturelles des élèves. Elle a une vision très universaliste au mauvais sens du mot. Cela joue en défaveur des catégories les moins biens situées, comme les immigrés, les familles désunies ou touchées par le chômage. C’est grave, car cela repose sur les principes dont les enseignants - dont je suis d’ailleurs – sont très fiers : « Nous faisons une école pour tout le monde », disent-ils. En réalité, cette école s’adresse aux gens qui sont un peu plus « tout le monde » que les autres : les élites sociales ou la classe moyenne liée à l’Etat. On sait ainsi que les enfants qui ont le meilleur résultat scolaire sont les enfants d’enseignants. C’est le bon exemple, d’une institution qui ne joue pas son rôle dans l’invention, la transformation de la culture, des projets personnels et fonctionne aujourd’hui comme un obstacle au changement de la société. Elle met de la rigidité là où l’on a besoin de flexibilité pour traiter la diversité des situations personnelles.

     

    Qu’est-ce qui pourrait favoriser ou accélérer la prise de conscience que vous souhaitez ?

    La peur ! A partir du moment où vous avez le sentiment que les choses peuvent continuer à se dégrader, vous êtes quand même plus disposé à penser qu’il faut faire quelques chose. Il faut agiter la cloche, parler, essayer, innover, lancer des idées, des émotions nouvelles. On ne change pas une société avec des règles et des lois. Il faut avoir des visions universalistes qui donnent envie de penser le destin de l’homme dans un monde transformé, et non pas de rester dans sa petite cuisine à essayer de changer la composition d’une sauce.


     



    Sortons de la pénombre, informons nous, renouons avec les réalités, soyons acteurs des réformes prioritaires que nos politiciens contournent savamment pour nous maintenir captif de ce pouvoir économique.

    Cette démocratie est une illusion.



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